Les Cahiers du GERSE n° 2






L' EMPLOI ET LA CIG

Séverine-Fleur JAY

Les négociations de la CIG se sont déroulées dans un contexte économique et social difficile. Les taux de chômage flirtent avec les sommets et rien ne semble arrêter leur progression. Il apparaît aux yeux de tous, que si " l' Union Européenne n'indiquait pas très clairement qu'elle est très concernée par l'emploi, tout le monde serait profondément déçu".

Les chiffres du chômage, en effet, ne cessent de grimper depuis les années 70 et de ce fait, affolent les opinions publiques européennes. Eurostat indique que pour l'ensemble de la Communauté, le taux de chômage est passé de 2% au début des années 70 à 6% en 1980, pour atteindre le chiffre record de 11% en 1985. Après une chute à 8%, due à une reprise de la croissance économique, pendant la période 1985-1990, les taux de chômage se sont de nouveau envolés, pour atteindre 10,8% en février 1997, soit 18 millions de personnes sans emploi. Si ce chiffre est constant depuis trois mois et en légère baisse par rapport à 1996, il reste tout de même trop élevé.

Certes, les Etats-Membres ne sont pas tous dans la même situation. Certains sont mieux lotis que d'autres. Les taux les plus bas ont été relevés en Autriche (4,4%), et au Luxembourg (3,4%). Certains Etats ont la chance de voir le nombre de leurs chômeurs diminuer, comme c'est le cas au Royaume-Uni (7,1%), en Irlande (11,6%), aux Pays-Bas (6%), alors que pour d'autres la tendance est inverse, comme en Suède (10,9%) et au Portugal (7,3%). D'autres encore connaissent une stabilisation des chiffres. Par rapport à la moyenne communautaire, le taux de chômage est supérieur en Suède, en Irlande, en Italie (12,2%), en France (12,5%), en Finlande (15%) et en Espagne (21,7%) et inférieur en Belgique, qui compte 9,4% de chômeurs, et l' Allemagne avec 9,6% de personnes sans emploi.

Face à de tels chiffres, la nouvelle Conférence Intergouvernementale, qui s'est ouverte au printemps 1996 à Turin, ne pouvait pas passer sous silence la situation, surtout lorsque l'objectif principal de l' Union Européenne est de se rapprocher de ses citoyens. La CIG aurait commis une grave faute en n'essayant pas d'agir contre ce qui constitue la préoccupation principale des Européens, le chômage. La lutte pour l'emploi est donc l'un des enjeux de la CIG.



C'est le plus jeune entré au sein de l' Union Européenne , qui dès octobre 1995, a proposé d'inscrire parmi les questions, à débattre lors de la CIG, le thème de l'emploi : la Suède, en effet, avait rédigé pour l'occasion un rapport intitulé "strengthening the fight against unemployement an issue for the intergouvernemental conference", dans lequel elle présente un certain nombre de dispositions sur l'emploi.

Elle a été suivie par la France, avec "un mémorandum français pour un modèle social européen", contenant également plusieurs dispositions sur l'emploi.

De leur côté, les partenaires sociaux, la Confédération européenne des syndicats (CES) et l' UNICE ont insisté pour que le thème du chômage soit inscrit parmi les questions étudiées au cours de la CIG.

Le groupe de réflexion, dirigé par M. Westendorp, dont la mission était de faire la liste des questions à examiner lors de la CIG, a alors mis à l'ordre du jour le problème de l'emploi.

S'est ouvert alors la phase des propositions, en vue de renforcer la capacité de l' Union Européenne à jouer un rôle dans le domaine de l'emploi. Le choix, entre toutes ses propositions, après un an de négociations, s'est fait à Amsterdam, en juin 1997.

I. LES PROPOSITIONS.

Toutes les parties intéressées, la Commission, les présidences, les Etats, les partenaires sociaux se sont mises au travail et ont présenté leurs conclusions.

A. Le pacte de confiance

la Commission a proposé en janvier 1996, le " Pacte de confiance européen pour l'emploi ", construit autour des trois objectifs suivants : mobiliser pleinement tous les acteurs concernés dans une stratégie d'ensemble et placer chacun devant ses responsabilités, mieux valoriser l'effet multiplicateur européen, inscrire la lutte contre le chômage dans une vision à long et à moyen terme de la société.

Concrétement, le Pacte prévoit de créer un cadre macroéconomique favorable à une relance de l'économie en exploitant le potentiel du marché intérieur, en incitant les Etats, par exemple, à restructurer les régimes fiscaux et de sécurité sociale, à réformer les systèmes d'emploi.

De son côté, la Communauté doit mettre les politiques structurelles au service de l'emploi, c'est-à-dire, réorienter certaines ressources et utiliser les marges de manoeuvres bugétaires, afin de les consacrer aux investissements créateurs d'emplois, notammentles grands travaux de réseaux.

B. Les solutions présentées par les présidences du Conseil de l' Union Européenne :

Les deux présidences du Conseil des ministres, ont été le théâtre des premières propositions.

1. L' Italie

C'est sous la présidence de l' Italie, que s'est ouverte la CIG à Turin. A cette occasion, l' Italie a jeté les premières bases du nouveau rôle que doit jouer l' Union Européenne en matière d'emploi.

Dans son programme au Parlement Européen du 17 janvier 1996, la présidence italienne avait mis l'accent sur l'idée de démontrer la valeur ajoutée que peut apporter l'Europe en matière d'emploi.

Tout d'abord, ont été définis les principes communs pour l'orientation des politiques des Etats-membres en ce qui concerne la lutte contre le chômage. Un plan d'action et des mesures de contrôle complétaient cette proposition. Les crédits seraient à puiser dans les Fonds Structurels.

Par ailleurs, la présidence poposait d'examiner le fonctionnement du Comité permanent de l'emploi et la base institutionnelle pour le développement de la politique sociale.

2. De la présidence de l' Irlande au sommet de Dublin

L'Irlande a joué un rôle capital dans la CIG. Ses propositions, en matière d'emploi ont, en effet, servi de base à la révision du Traité de Maastricht.

La présidence irlandaise a soumis aux négociateurs l'idée d'introduire dans le Traité de Maastricht une base pour une action au niveau de l' Union Européenne en vue de coordonner et de mettre au point des stratégies communes en matière d'emploi. Elle prendrait la forme d'un nouveau titre sur l'emploi.

Le 13 et 14 décembre 1996, à Dublin, le Conseil européen a pris acte de l'avant-projet de révision du Traité " l' Union Européenne aujourd'hui et demain. Adapter l' Union Européenne dans l'intérêt de ses citoyens et la préparer pour le futur", qui reprend les idées de la Présidence.

Cet avant-projet s'est accompagné d'une déclaration, dite de Dublin. Le Conseil européen a examiné la stratégie en matière d'emploi et de croissance à la lumière du rapport annuel conjoint du Conseil et de la Commission sur l'initiative :"action pour l'emploi-un pacte de confiance", et de la contribution conjointe du 29 novembre 1996 des partenaires sociaux sur le Pacte de confiance.

Plusieurs axes ont été clairement identifiés dans cette déclaration :

* poursuivre la stratégie macro-économique axée sur la croissance de l'économie et l'emploi dans le respect des orientations convenues pour la politique économique

* intensifier les efforts en vue de moderniser les marchés des biens et des services et d'exploiter les nouveaux gisements d'emploi

* se concentrer sur l'efficacité du marché du travail et sur l'investissement dans les ressources humaines

* rendre les systèmes d'imposition et de protection sociale plus favorable à l'emploi

* renforcer les liens entre les politiques macro-économiques et structurelles dans les programmes pluriannuels pour l'emploi des Etats-membres

* possibilité de négocier des pactes sociaux territoriaux, permettant de lier politique régionale et emploi.

3. Les propositions des Etats

Un consensus semble exister autour des points à modifier. Ce sont les articles B du Traité sur l' Union Européenne, de l'article 2 du Traité sur la Communauté Européenne, l'article 3 du Traité sur la Communauté Européenne.

Il s'agit d'insérer dans l'article B, soit l'objectif ambitieux du "plein emploi", selon la volonté de l' Autriche, soit l'objectif plus raisonnable du "niveau d'emploi élevé", comme le demande le Danemark. La Suède a même proposé d' ajouter l'objectif d' " un chômage réduit ".

A l'article 2 du Traité sur la Communauté Européenne, l' Autriche propose de remplacer l'objectif de "niveau d'emploi plus élevé" par celui du " plein emploi "; la Suède souhaite préciser l'objectif initial : " le niveau d'emploi doit être élevé et surtout durable ".

L' Espagne désire ajouter un nouvel alinéa dans le préambule du Traité sur la Communauté Européenne visant à promouvoir la création d'emploi.

L' article 3 fait l'unanimité. Une nouvelle mission doit être attribuée à la Communauté : l' Espagne milite pour insérer l' action de la promotion de la création d'emploi alors que la Suède, le Danemark, la Belgique, ou encore l' Autriche proposent d'insérer la mission de " coordination des politiques des Etats-membres dans le domaine de l'emploi ", ou de "la coordination plus étroite des politiques économiques et structurelles ", ou de " la convergence des politiques de l'emploi" ou " de renforcer la coordination entre les politiques nationales de l'emploi en vue de l'élaboration d'une stratégie commune de l'emploi ".

Par ailleurs, les Etats-membres ont tous proposé d'inclure dans le Traité, un nouveau titre sur l' emploi. D'une manière générale, les propositions sont à peu de chose près les mêmes. Après la définition d'un nouvel objectif d'une stratégie coordonnée pour l'emploi, les Etats-membres prennent l'engagement de lier la politique de l'emploi avec la politique économique. Une procédure de surveillance de la situation de l'emploi est prévue ainsi qu'un Comité de l' emploi.



4. Les propositions des partenaires sociaux :

Le 18 avril 1997, UNICE a présenté un document présentant ce qu'elle attend de la révision du Traité de Maastricht.

Le Traité révisé doit refléter les options européennes, prises en matière de politique économique, notamment les efforts visant à retrouver la compétitivité, qui n'est pas une fin en soi mais la condition indispensable pour retrouver la croissance et l'emploi.

Au plan juridique, l'UNICE n'est pas opposé à l'inscription d'un titre sur l'emploi dans le Traité. Cependant, il ne faut pas en faire un objectif à lui tout seul, des conditions plus précises doivent l'accompagner.

De son côté, la CES, lors d'un colloque au mois de mai, a demandé de renforcer la place de l'emploi dans le Traité.

Le 9 juin, suite à ce colloque, une résolution se prononce sur une réorientation de la construction européenne tenant compte des exigences sociales et de l'emploi.

La CES estime que les propositions sur le titre emploi sont insuffisantes car elles ne placent pas la politique de l'emploi et la politique monétaire sur un pied d'égalité, estimant que le chapitre emploi devrait permettre aux institutions européennes de promouvoir activement des politiques efficaces, en allant au-delà de la simple coordination.

La CES ne veut pas mettre en question l'union économique et monétaire, au contraire celle-ci doit promouvoir le développement économique et l'emploi.

Ces différentes propositions ont été discutées au cours des négociations et à Amterdam, des solutions définitives ont été adoptées.

II. LES RÉSULTATS DE LA CIG EN MATIÈRE D'EMPLOI

La Conférence Intergouvernementale s'est achevée sur trois solutions, relatives à l'emploi. Une résolution est venue accompagner le Pacte de stabilité monétaire et de croissance, un titre sur l'emploi a été introduit dans le Traité d'Amsterdam et un Sommet se tiendra à Luxembourg sur cette question.

A. Une résolution sur l'emploi, soeur jumelle du pacte de stabilité.

1. Origine de la résolution

L'idée de départ est que la Communauté doit créer le climat économique adéquat à une reprise de la croissance, pour relancer l'emploi. Or, cela ne peut se réaliser sans la création de la monnaie unique. Il est donc nécessaire de lier la politique économique à la politique de l'emploi.

Amsterdam devait être le lieu de l'adoption du pacte de stabilité, conclu après de laborieuses négociations à Dublin, en décembre 1996. Ce pacte a pour objet d'encadrer la politique budgétaire des pays de la zone EURO afin d'éviter tout dérapage pouvant perturber la mise en place de l 'Union économique et monétaire.

Puisqu'il faut lier la politique de l'économie à celle de l'emploi, la France a donc choisi de faire des propositions en matière d'emploi, de croissance et de coordination des politiques économiques des Etats-membres , pour accompagner le pacte de stabilité monétaire et de croissance.

Les plus opposés à ces propositions étaient les Allemands, qui avaient une double crainte : d'une part la remise en cause de l'indépendance de la future banque centrale européenne et d'autre part, le grèvement du budget européen en finançant les grands travaux d'infrastructure, l'objectif étant plutôt de ramener le déficit public au plus près des 3%.

Au cours du Sommet du 16 et du 17 juin, a été trouvé un compromis, qui a permis d'éviter une crise sur l'EURO. L'accord est composé de deux résolutions : l'une reprend le pacte de stabilité tel qu'adopté à Dublin , l'autre porte sur la croissance et l'emploi insistant sur la nécessité pour les gouvernements de mieux coordonner leur politique de lutte contre le chômage.

Mais, le débat n'est pas terminé. C'est le lien entre les deux résolutions, qui donne lieu à des divergences d'interprétation. Le préambule souligne la nécessaire cohérence à maintenir entre ces deux formes d'encadrement de l'action commune et insiste sur l'équilibre entre les préoccupations monétaires et sociales. Mais, pour les Allemands, il s'agit de deux résolutions, qui coexistent. Pour les Français, l'accord est un "chapeau commun entre les deux textes, l'un étant destiné à équilibrer l'autre politiquement"

2. Contenu de la résolution sur l'emploi :

Dans son introduction, la résolution met l'accent sur le fait que de nouvelles impulsions doivent être données pour maintenir l'emploi en tête de l'ordre du jour politique de l' Union Européenne.

Elle insiste également sur deux objectifs, développer une main d'oeuvre compétente, mobile et formée et permettre au marché du travail de réagir aux changements économiques.

La résolution s'applique aux domaines qui n'étaient pas encore couverts par les textes ayant trait à l' Union économique et monétaire : sont alors élargis à l'emploi, à la politique sociale et aux réformes structurelles, les mécanismes d'information et de surveillance.

Quant à son contenu, la résolution développe l'idée de pôle économique : les quinzes s'engagent à coordonner d'une manière plus efficace leurs politiques macro-économiques, notamment leurs politiques en faveur de l'emploi, sans empiéter pour autant sur les prérogatives nationales de chacun.

Le rôle de l' Union Européenne est précisé. Il sera de compléter les mesures nationales en examinant toutes les politiques communautaires pour s'assurer qu'ils visent bien à la création d'emplois et à la croissance économique.

Il faudra, également, surveiller la compétitivité européenne sur la base d'une évaluation des situations économiques de chaque Etat-membre.

De plus, la résolution souhaite créer un environnement favorable à l'emploi. L' Union Européenne s'est engagée à mieux intégrer des aspects tels que la compétitivité, l'éducation et la formation dans les mesures en faveur de la création d'emploi. Il conviendra de renforcer l'efficacité du marché du travail en rendant les systèmes fiscaux et la protection sociale plus favorables à l'emploi et plus aptes à améliorer le fonctionnement du marché intérieur.

Le Conseil ECOFIN devra réfléchir sur l'aménagement des régimes de retraite et de protection sociale, sur l' augmentation du travail à temps partiel, le raccourcissemnt de la semaine de travail, départ à la retraite anticipé et les interruptions de carrière rétribuées.

La résolution prévoit des crédits.

Elle se tourne vers la BEI, qui a dégagé un bénéfice de 6,5 milliards de francs, cette année. Il lui est demandé de favoriser des projets d'investissement, en prenant des participations dans des PME de haute technologie pour créer des richesses nouvelles et donc des emplois et en facilitant le financement de divers projets, tels les réseaux transeuropéens d'infrastructures identifiés en 1994 à l'occasion des débats sur le livre Blanc de Jacques Delors, ou encore pour les nouveaux domaines comme l'éducation, la ville et la santé.

Il est également envisagé d'utiliser les revenus des réserves existantes (4 Milliards de francs) du Traité CECA. Ils pourraient être attribués à un fonds de recherche pour des secteurs liés à l'industrie du charbon et de l'acier.

Enfin, aucune sanction financière, comme il en existe dans le pacte de stabilité pour ceux qui dépassent le plafond d'un déficit budgétaire de 3%, n'est prévue.

La résolution n'est pas le seul résultat du sommet d'Amsterdam. Le Traité de Maastricht a subi un léger ravalement.

B. Les modifications du Traité de Maastricht

Le Traité d'Amsterdam veut faire de l'emploi son premier objectif. Cette ambition a conduit à réviser trois articles du Traité de Maastricht et surtout à inclure, dans le nouveau Traité, un titre, consacré à l'emploi.

1. Remaniement de trois articles du Traité de Maastricht

Trois articles ont été quelque peu modifiés : a été rajouté un nouvel objectif à l'article B du Traité sur l' Union Européenne. Désormais, il est précisé que l' Union Européenne doit promouvoir un " niveau d'emploi élevé ".

L'article 2 du Traité sur la Communauté Européenne a également subi un changement : c'est l'ordre de l'énumération, qui a été modifié. Le " niveau élevé d'emploi " devient, alors la deuxième mission de la Communauté Européenne.

Enfin, est inséré à l'article 3 du Traité sur la Communauté Européenne un nouveau point : une nouvelle action de la Communauté est désormais inscrite dans le Traité : la Communauté doit " promouvoir une coordination entre les politiques de l'emploi des Etats-membres ". L'objectif est de renforcer l'efficacité de ces politiques en élaborant une stratégie coordonné pour l'emploi.

2. Création du titre sur l' emploi

La grande nouveauté du nouveau Traité est bien entendu l' adoption du titre sur l' Emploi, distinct du titre sur la politique sociale.

Ce fut un chapitre difficile à conclure du fait de la réticence d'un certain nombre d'Etats. L' Allemagne, la Grande-Bretagne, ou encore l'Espagne, en effet, ne se sont pas montrés particulièrement enthousiastes quant à un renforcement du rôle social de l' Europe.

a. Son origine

La nécessité d'un titre consacré au seul emploi est apparu rapidement. Dès le mois de juillet 1996, plusieurs états avaient demandé son insertion dans le futur Traité.

Au sommet de Dublin, le consensus existait autour d'une révision du Traité prévoyant explicitement une base juridique pour une action au niveau de l'Union en vue de la coordination et la mise au point des stratégies communes en matière d'emploi.

Ensuite a été discuté la place de ce titre, dans le Traité. Cette question n' est pas inutile car elle montre l'importance qu'accorde l' Union Européenne à l' emploi. Il a été choisi de palcer ce titre, juste après celui sur l' Union économique et monétaire et avant celui consacré à la politique sociale, comme l'avait demandé le Parlement Européen.

b. Son contenu

L' article 1 prévoit le nouvel objectif de la Communauté Européenne. Il lui revient de parvenir à un haut niveau d'emploi. Mais elle n'est pas seule à atteindre ce but Les Etats-membres et la Communauté doivent élaborer une stratégie commune, c'est-à-dire qu' ils doivent travailler de concert pour permettre d'aboutir à un haut niveau d'emploi.

Les pouvoirs de l' Union Européenne ne sont pas étendus, chaque Etat-membre restant maître de sa politique de l'emploi. Cependant, il devra l'inscrire dans une stratégie européenne coordonnée. Cette répartition des compétences est traditionnelle et il n'a jamais été question de la bouleverser. Le groupe de réfexion de M. Westendorp avait déjà prévu que la responsabilité première dans le domaine de l'emploi resterait aux Etats-membres, comme cela a toujours été. Si des craintes ont pu apparaître au cours des négociations, il a été souvent rappelé qu' en matière d'emploi, "l' Union Européenne n'entendait pas remplacer les Etats-membres".

L'article 2 concerne les engagements des Etats-membres : leur politique de l'emploi doit avoir comme objectif de parvenir à la réalisation du premier article, c'est-à-dire parvenir à un haut niveau d'emploi.

De plus, il faut que ces politiques respectent les orientations de la politique économique. Ces deux politiques ne doivent pas se contredire réciproquement et annuler leurs effets.

Par ailleurs, pour montrer l'importance que revêt la question de l'emploi pour la CommunautéEuropéenne, la promotion de l'emploi est qualifiée de "question d'intérêt commun". Cette question va alors être discutée au sein du Conseil et une action coordonnée sera mise en place dans cette institution.

Une procédure de surveillance multilatérale des politiques nationales de l'emploi est mise en place à l'article 4 du nouveau Traité.

Elle débute par un examen de la situation de l'emploi dans la Communauté. Cette situation fera l'objet d'un rapport établi par le Conseil et la Commission. Il reviendra, ensuite, au Conseil européen d'en tirer des conclusions.

Sur cette base, des lignes directrices seront dressées par le Conseil, compatibles avec la politique économique.

Ces lignes directrices devront être prises en compte par les Etats-membres, lorsqu'ils élaboreront leur politique de l'emploi. Les Etats-membres établissent à propos des mesures qu'ils ont prises, un rapport, qui est ensuite présenté au Conseil et à la Commission.

Le Conseil examine ces rapports, qui ont une double utilité : si le Conseil s'aperçoit que l' Etat-membre ne respecte pas ses engagements, une recommandation lui sera adressée.

Ce rapport sera par ailleurs utilisé pour faire le rapport annuel conjoint du Conseil et de la Commission sur la situation de l'emploi.

L'article 5 porte sur les actions d'encouragement, dont le but est d'encourager la coopération entre les Etats-membres, et de soutenir leur action dans le domaine de l'emploi.

Comment ? Des initiatives seront prises pour échanger les informations et les pratiques. On comparera les analyses, les approches novatrices en ce domaine seront encouragées, on aura recours aux projets-pilotes.

Enfin l'article 6 met en place un nouvel instrument, le Comité de l'emploi, chargé de promouvoir la coordination, entre les Etats-membres, des politiques en matière d'emploi et de marché du travail, de suivre l'évolution de la situation de l'emploi et des politiques de l'emploi de la Communauté et des Etats-membres, de contribuer à l'élaboration des délibérations du Conseil puis de formuler des avis en consultation des partenaires sociaux.. Il est composé de trente membres, soit deux par Etat.

C. un sommet sur l'emploi à l'automne, à Luxembourg

A l' initiative de la France, se tiendra à l'automne un sommet sur l'emploi, à Luxembourg.

Seront étudiés à cette époque, les différentes pistes pratiques ainsi envisagées pour encourager l'emploi au niveau européen.

Seront principalement étudiés les crédits existants pour financer les politiques nationales de l'emploi, par la mise à contribution de la BEI, pour financer des prêt à long terme et des prises de participation dans les petites et moyennes entreprises qui travaillent dans la haute technologie, par la possible utilisation des réserves de la CECA, qui doit clore ses comptes en 2002.

Il s'agira également d' inscrire dans la loi européenne la consultation systématique des travailleurs en cas de restructuration d'entreprise.



Si de grandes avancées semblent avoir été faites, un certain nombre de points restent imprécis.

III. DES RÉSULTATS À L' EFFICACITÉ IMPRÉCISE

Le titre sur l'emploi du nouveau Traité n'est pas allé aussi loin que le souhaitaient les Etats-membres. La frontière avec la politique sociale n'a pas été clairement marquée. Pour achever le tout, les crédits ne sont pas extensibles.

A. Un titre sur l'emploi aux ambitions réduites

1. La stratégie coordonnée des politiques nationales de l'emploi

Plusieurs Etats avaient proposé cette stratégie mais bien souvent, ils l'avaient accompagnée de conditions précises. La Suède, par exemple, en avait cité cinq, tel que le soutien aux particuliers et aux entreprises dans leurs efforts d'adaptation aux mutations de la vie professionnelle, la promotion de la flexibilité dans l'économie et sur le marché du travail, l'adoption de mesures de prévention précoce pour faire échec au chômage de longue durée et à l'exlusion sociale, ou encore la promotion d'une forte croissance de la productivité, un haut degré de compétitivité, une croissance durable et non inflationniste.

Ces idées étaient-elles trop contraignantes ?

2. La procédure de l' article 4

a. Une procédure, qui n'est pas nouvelle

Il s'agirait plutôt qu'elle ne fait qu'inscrire dans le nouveau Traité une pratique, née au cours du Sommet d'Essen.

En 1994, le Conseil européen, qui s'était réuni à Essen, avait donné un élan à la stratégie européenne en faveur de l'emploi. Il avait abouti à la définition d'une stratégie intégrée de l'emploi et des mécanismes de coordination. La procédure était la suivante. Les Etats avaient convenus d'élaborer des programmes pluriannuels concernant leur action globale en matière d'emploi : la mise en oeuvre de ces actions et les résultats faisaientt l'objet d'un rapport annuel de la Commission. Cette procédure est donc très proche de celle de l'article 4 du titre sur l'emploi.

b. Une procédure, qui ne veut pas dire clairement son nom.

Le Conseil européen d'Essen ainsi que les propositions des Etats, comme celles de la Belgique, parlaient d'une "surveillance multilatérale des politiques nationales de l'emploi". Sans doute, cette expression est-elle trop forte et donc politiquement trop difficile à imposer et à faire respecter.

c. De l'efficacité des recommandations.

Le titre sur l'emploi n'est pas allé aussi loin que le souhaitaient les Etats, en ce domaine.

L'article 4 prévoit que si un Etat-membre ne suit pas les lignes directrices fixées par le Conseil, il peut se voir adresser une recommandation.

Or, un tel acte ne lie pas les Etats-membres. On peut donc légitimement s'interroger sur la force de l'article 4. Les Etats-membres doivent suivre ce que le Conseil a décidé mais il n'existe aucun moyen de contrainte. Les Belges et les Danois avaient bien proposé que le Conseil décide à la majorité qualifiée de rendre publique les recommandations. Mais les négociateurs de la Conférence Intergouvernementale n'ont pas retenu cette idée, politiquement trop délicate.

Ils n'ont pas non plus repris, sans doute pour la même raison, la procédure de suivi des recommandations, sur laquelle s'étaient mis d'accord les Etats-membres au cours du Sommet d'Essen.

3. Le Comité de l'emploi

Il existe déjà un certain nombre d'instruments, chargés des questions relatives à l'emploi. Ainsi, en 1975, la Communauté crée le Centre européen de développement des formations professionnelles (CEDEFOP), assistant la Commission dans ses travaux au niveau communautaire et visant à la réalisation d'enquêtes et à la fourniture d'inormations en matière de formation ou de perfectionnement professionnels des chômeurs.

Une résolution du Conseil et des ministres du Travail et des affaires sociales réunis au sein du Conseil du 2 juin 1993 crée l' observatoire européen de l'emploi, qui supervise deux autres instruments le MISEP, datant de 1982 et le SYSDEM, créé en 1989.

Le premier est un système d'information mutuelle sur les politiques de l'emploi menées dans les Etats-membres, et le second est un système européen de documentation sur l'emploi, ayant pour objet la collecte, l'analyse et la diffusion d'information sur l'évolution prévisible de l'emploi.

Leur mission semble donc très proche de celle du Comité sur l'emploi, institué par l'article 6. Quels vont être leurs liens ? Rien n'est précisé. Des chevauchements de compétences pourraient être à craindre, ce qui réduirait l'efficacité de leurs missions respectives.

B. Une modification mineure du Traité de Maastricht

La formule de " niveau élevé d'emploi ", qui vient d'être introduite à l'article B du Traité sur l' Union Européenne n'est pas nouvelle, dans les Traités. En effet, le maintien d'un haut niveau d'emploi figurait déjà parmi les objectifs du Traité de Rome du 27 mars 1957, reposant sur l'idée des pères fondateurs, que la liberté de circulation des personnes devait conduire à l'apparition d'un marché communautaire du travail, les demandeurs d'emploi en surnombre dans un Etat étant incités à se déplacer pour répondre à des appels d'offres d'un autre Etat-membre.

Ensuite, la modification de l'article 2 du Traité sur la Communauté Européenne semble mineure. Seule sa place dans l'énumération des missions de la Communauté a été touché. Si sa deuxième position montre l'importance accrue que lui accorde la Communauté Européenne, cela ne changera pas directement, ni rapidement la situation.

C. Une frontière floue avec la politique sociale

La CIG, suite à l'arrivée des travaillistes anglais au pouvoir, a également été le moment où il a été décidé d'intégrer sous forme de chapitre social, distinct du titre sur l' emploi, le protocole social.

Le problème est que ce texte, s' il concerne l'amélioration des conditions de travail , la protection sociale, le dialogue social, contient des dispositions relatives à l'emploi. Il pourra, même, constituer la base juridique des textes communautaires pour la promotion de l'emploi et pour le développement des ressources humaines permettant un niveau d'emploi élevé.

Un téléscopage inévitable va alors, avoir lieu : sur quelle base juridique, tout d'abord se fonder pour prendre un acte ? d'autant que le protocole social prévoit que les décisions doivent être prises à l'unanimité pour le plus important, les contributions financières de promotion de l'emploi.

Par ailleurs, par souci de simplification du Traité, n'aurait-il pas mieux fallu, tout regrouper ce qui concerne l'emploi dans le même chapitre et ne pas laisser des dispositions un peu partout. On retrouve le terme d'emploi aux articles 2, 118,119, 122, 123, 127, 3, 3A, 102A, 105, 103, c'est-à-dire dans les titres relatifs à la politique sociale et à la politique de l'emploi. La demande, entre autres du groupe de réflexion de M. Westendorp, sur l'introduction d'amendement au Traité de Maastricht afin de le rendre plus explicite sur l'objectif de création d'emploi n'a donc pas été suivie.

D. Un manque de crédit

Toute proposition, relative à l'emploi, est dificile à mettre en oeuvre, vu le contexte. La tendance est plutôt orientée vers une réduction des coûts et des dépenses sociales du fait de la concurrence mondiale.

De ce fait, il s'est avéré que l'introduction de cet article 5 dans le chapitre sur l'emploi a donné lieu à d'âpres débats au cours de de la session ministérielle de la CIG du 4 juin, les Anglais, les Néerlandais s'étant montrés réticents à toute idée de nouveaux financements communautaires.

Les actions d'encouragement ne peuvent pas, pour être efficaces, ne pas être accompagnées d'une subvention, ce qui signifie encore un alourdissement du budget de l' Union Européenne.

Un compromis a donc été trouvé, des limites ont été posées : les actions d'encouragement doivent être limitées dans le temps, elles doivent s'accompagner de motifs : la Communauté doit expliquer leur nécessité et ce qu'elle apporte de nouveau, les actions doivent être chiffrées. L'examen des actions d'encouragement risque d'être sévère. Peu d'entre elles risquent d'être retenues. Une autre conséquence pourrait être la suivante : les Etats-membres, devant la faiblesse des moyens apportées par la Communauté Européenne, ne suivront pas les actions. L'article 5 n'aurait plus aucune efficacité, par un simple manque de crédit.

Il en est de même, en ce qui concerne la résolution, accompagnant le pacte de stabilité, l' Allemagne a obtenu que soit précisé dans un protocole additionnel que les dépenses nécessaires ne pourront se faire que dans le cadre des fonds existants au niveau communautaire, c'est-à-dire qu'il n'y aura pas de redéployement des financements existants, il faudra que le programme cadre exactement avec les objectifs initiaux du fonds, d'où des projets difficiles à mettre en oeuvre, puisqu'aucun nouveau fond ne sera créé.

Il a été beaucoup question de faire appel à la BEI, pour prendre des participations dans de petites PME-PMI, dont l'activité était centrée sur la haute technologie. Or la BEI oriente déjà ses actions en direction des projets, créateurs d'emploi, elle ne pourra faire plus. Selon Théo Waigel, "la BEI ne modifiera pas ses statuts et il ne faudra pas compter sur des volumes de prêt supplémentaire".

L'enthousiasme soulevé par l'ouverture de la CIG au printemps 1996 s'est achevé sur un résultat mitigé. Désormais, il existe certes une base juridique dans le Traité, pour une action de la Communauté Européenne en faveur de l'emploi. Cependant, les négociateurs ne sont pas parvenus à créer une nouvelle compétence communautaire, comme certains avaient osé l'espérer...



Sommaire des Cahiers du GERSE n° 2
Sommaire du Centre Européen Universitaire
Sommaire général du JURIPOLE

Ce serveur est optimisé pour Netscape 3.0.


© Alexis BAUMANN 1997